
Voyager hors saison : une façon simple de mieux répartir le tourisme
Tout le monde veut voir Venise en juin, la Gaspésie en juillet, ou Québec pendant le Carnaval. Le résultat, c'est que certains lieux et certaines semaines de l'année absorbent une part démesurée des visiteurs, pendant que le reste de l'année reste largement sous-utilisé. Ce déséquilibre est l'une des racines du surtourisme, et l'une des solutions les plus simples pour y remédier tient en une seule décision : choisir de voyager à un autre moment.
Le surtourisme, un problème de répartition avant tout
Le surtourisme désigne une situation où le nombre de visiteurs dépasse la capacité d'accueil d'une destination, ce qui entraîne des conséquences négatives pour les habitants, l'environnement et les visiteurs eux-mêmes (École Supérieure de Tourisme, 2024). Ce phénomène est amplifié par la croissance du tourisme de masse, les plateformes de location à court terme et le faible coût du transport aérien, mais aussi, de plus en plus, par des lieux qui deviennent soudainement viraux sur les réseaux sociaux et se retrouvent submergés de visiteurs sans y être préparés (École Supérieure de Tourisme, 2024).
Parmi les solutions envisagées pour contenir ce phénomène, encourager le tourisme hors saison figure en bonne place. Des campagnes ciblées peuvent inciter les voyageurs à découvrir une région à des périodes moins fréquentées, ce qui allège la pression sur les destinations les plus populaires tout en soutenant l'économie locale à l'année plutôt que seulement quelques semaines par an (École Supérieure de Tourisme, 2024).
Ce que les chiffres révèlent sur ce changement de comportement
Ce n'est plus une idée marginale. Selon une enquête menée par la Chaire de tourisme Transat, 59 % des Québécois ont voyagé en dehors des périodes de vacances habituelles en 2023 (Payeur, 2024). Parmi les voyageurs qui adoptent régulièrement cette habitude, plusieurs traits se démarquent : ils voyagent plus fréquemment que la moyenne, ils sont proportionnellement plus nombreux à être âgés de 55 ans et plus, et ils sont souvent en couple sans enfant à la maison (Payeur, 2024). Un peu plus du quart d'entre eux disent aussi que les changements climatiques influencent directement leur façon de planifier un voyage (Payeur, 2024).
La tendance dépasse largement les frontières du Québec. Selon une enquête internationale menée au printemps 2025, 77 % des voyageurs disent préférer voyager hors saison, et plus de la moitié le font la majorité du temps (Maisonneuve, 2025). La même enquête révèle que 90 % des répondants envisageraient de choisir une destination moins populaire pour éviter de contribuer au surtourisme, et que 61 % ont déjà évité une destination précisément pour cette raison (Maisonneuve, 2025).
Le Québec mise aussi sur la dispersion
Le Québec n'est pas à l'abri du phénomène, même si la province reste globalement en meilleure posture que plusieurs destinations européennes. Selon Frédéric Dubé, directeur général par intérim de l'Alliance de l'industrie touristique du Québec, la province se trouve davantage en situation de vitalité touristique que de surtourisme, mais certaines mesures de répartition sont déjà à l'œuvre. Montréal a notamment adopté une politique de « destination harmonieuse » qui vise une bonne cohabitation entre résidents et visiteurs, en dirigeant une partie de l'affluence hors des circuits traditionnels.
La promotion du tourisme hivernal joue un rôle semblable à l'échelle de la province : elle contribue à disperser les voyageurs dans le temps plutôt que de les concentrer sur quelques mois d'été, une stratégie qui connaît d'ailleurs un succès particulier auprès de certaines clientèles internationales.
Les avantages concrets de voyager hors saison
Au-delà de l'aspect environnemental, voyager hors saison change réellement la nature d'un séjour. Les voyageurs qui privilégient les périodes creuses le font pour éviter les foules, profiter de tarifs plus abordables sur le transport et l'hébergement, et vivre une expérience différente des lieux qu'ils visitent (Payeur, 2024).
Ce choix a aussi un effet sur la qualité des rencontres. Quand il y a moins de touristes, les gens du coin ont davantage de temps à accorder aux visiteurs, ce qui favorise des échanges plus authentiques qu'en pleine saison achalandée.
Comment voyager hors saison, concrètement
Voyager hors saison ne demande pas de grands sacrifices, seulement un peu plus de flexibilité dans la planification.
Évitez les semaines de relâche et les Fêtes si possible. Ce sont, avec l'été, les périodes les plus achalandées au Québec.
Explorez l'automne et l'hiver. Le beau temps qui prolonge de plus en plus la saison estivale rend les séjours automnaux particulièrement agréables, tandis que l'hiver offre une facette complètement différente du territoire.
Privilégiez les destinations moins connues. Plutôt que de vous entasser dans les lieux les plus populaires, explorez des régions qui gagnent à être découvertes.
Restez flexible sur les dates. Une semaine de différence peut suffire à transformer une file d'attente en visite tranquille.
En conclusion
Voyager hors saison n'est pas qu'une astuce pour économiser ou éviter les files d'attente. C'est un geste simple qui contribue directement à mieux répartir la pression touristique dans le temps, au bénéfice des lieux visités, des communautés qui les habitent, et des voyageurs eux-mêmes. Un simple changement de dates peut faire une vraie différence, autant pour l'expérience vécue que pour les destinations qu'on choisit de découvrir.
École Supérieure de Tourisme. (2024, 17 décembre). Tout savoir sur le surtourisme. https://ecolesuperieuretourisme.fr/tout-savoir-sur-le-surtourisme
Maisonneuve, C. (2025, 28 avril). 61 % des voyageurs évitent le surtourisme selon une récente étude. Travel Market Report Québec. https://www.tmrquebec.ca/destinations/articles/61-des-voyageurs-evitent-le-surtourisme-selon-une-recente-etude
Payeur, J. (2024, 13 février). Est-ce que les Québécois voyagent hors des périodes touristiques? Réseau de veille en tourisme, UQAM. https://veilletourisme.ca/2024/02/13/voyage-hors-saison-quebecois/
Voyage | Des remèdes contre le surtourisme. (2024). Le Devoir. https://www.ledevoir.com/plaisirs/voyage/814586/quels-remedes-contre-surtourisme
